Julie

Voici un article, tiré de Courier International et repris du New York Times, qui donne à réfléchir...

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On les imagine tout à la fois mères épanouies, confortablement épaulées par l’État, et femmes actives... Mais, derrière cette image de la Française resplendissante, l’égalité avec les hommes se fait toujours attendre.
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The New York Times (extraits)
New York


Quelques semaines après l’accouchement, les jeunes mamans françaises ont droit à des cours de rééducation périnéale totalement remboursés par la Sécurité sociale. Le but ? «Reprendre rapidement les rapports sexuels et faire de nouveaux bébés», explique Agnès de Marsac; une physio-thérapeute. En France, la thérapie périnéale fait partie des moeurs, au même titre que les crèches gratuites, les allocations familiales généreuses, les déductions fiscales pour chaque enfant à charge et les réductions pour familles nombreuses sur les TGV.
Derrière le Kazakhstan
Grâce à l’État, les Françaises semblent avoir tout pour être heureuses : plusieurs enfants, un emploi et, souvent, un corps de rêve. Mais, une chose qu’elles n’ont pas, c’est l’égalité. Dans son rapport annuel sur l’inégalité des sexes (publié le 12 octobre), le Forum économique mondial classe la France en 46e position, derrière les États-Unis, la plupart des pays européens, mais aussi le Kazakhstan et la Jamaïque. Quatre-vingt-deux pour cent des Françaises de 25 à 49 ans travaillent, nombre d’entre elles à plein-temps, mais 82% des sièges parlementaires sont occupés par des hommes. Les salaires des femmes sont inférieurs de 26% à ceux des hommes, mais elles passent deux fois plus de temps aux tâches ménagères. Ce sont elles qui font le plus d’enfants en Europe, mais qui consomment également le plus d’antidépresseurs.
  A première vue, si la patrie de Simone de Beauvoir et de Brigitte Bardot ne le cède en rien aux pays scandinaves en ce qui concerne le taux d’emploi des femmes, elle conserve en réalité une mentalité de peuple latin. Les Françaises sont visiblement plus soucieuses de leur féminité qu’elles ne sont féministes. De fait, la libération des femmes ici semble presque être le fruit du hasard - le produit dérivé d’un État paternaliste qui prend ses enfants sous son aile protectrice dès leur plus jeune âge et d’une obsession pour la natalité ancrée dans trois guerres dévastatrices. «A l’origine, la politique familiale n’était pas motivée par la condition féminine, mais par l’Allemagne», rappelle Geneviève Fraisse, auteur de plusieurs livres sur l’histoire des sexes. «Les mères de famille françaises jouissent d’une situation rêvée par rapport à celle de leurs homologues partout ailleurs dans le monde. Mais les stéréotypes demeurent pour l’essentiel inchangés».
  La France incarne le paradoxe auquel se heurtent de nombreuses femmes des pays industrialisés en ce début de XXIe siècle. Elles ont davantage leur mot à dire sur leur sexualité, elles ont dépassé les hommes en matière d’instruction et les rattrapent sur le marché du travail, mais rares sont celles qui parviennent au sommet de la hiérarchie, que ce soit dans le monde des affaires ou dans la classe politique. Parmi les plus grandes entreprises, une seule est dirigée par une femme : Anne Lauvergeon est présidente du géant nucléaire Areva et mère de deux enfants.
   Les Françaises font en moyenne deux enfants, contre 1,5 dans l’ensemble de l’Union Européenne. Interrogée par des journalistes étrangers sur le «miracle français» , Nadine Morano, ancienne secrétaire d’État chargée de la famille et elle-même mère battante de trois enfants, n’y va pas par quatre chemins. «Aucun autre État ne dépense autant que le nôtre dans ce domaine, et nous avons un bon système de garde d’enfants, c’est aussi simple que ça. Notre pays a compris depuis longtemps que pour reconstruire une nation il fallait des enfants». La défaite de 1870 face à une Prusse bien plus peuplée a donné lieu aux premiers efforts pour encourager les naissances. Ensuite sont venues les pertes de la Première Guerre Mondiale. Depuis 1920, année où fut crée la médaille de la Famille française en l’honneur des mères d’au moins 8 enfants les dépenses en politique natalistes n’ont cessé d’augmenter. L’année dernière, 97 milliards d’euros, soit 5,1% du PIB - le double de la moyenne européenne - ont été dépensés en allocations familiales, en gardes d’enfant et en congés maternité.
   Les «écoles maternelles» sont à cet égard emblématiques. Créées un siècle après la Révolution, elles servaient à l’origine à combattre, entre autres, l’influence persistante de l’Église catholique. La plus vieille école maternelle de France se trouve à La Flèche. A 8h30 du matin, les parents y amènent leurs petits, dont certains n’ont que 2 ans. Les classes se terminent à 16h30, mais un service municipal gratuit permet de faire garder les enfants jusqu’à 18h30. Ils ont une place en «maternelle» assurée dès l’âge de 3 ans, et 99% d’entre eux en profitent. Katy de Bresson, mère célibataire de deux bambins, qualifie de «minirévolution» l’inscription de son fils Arthur à l’école. Sans frais de garde d’enfants à payer, elle a pu retravailler à plein-temps. «Depuis, je suis beaucoup plus heureuse et j’ai bien plus confiance en moi». Mais n’importe quelle mère de famille dira que l’école n’a en rien changé la vie de son mari. «Ce n’est pas pour rien qu’elle s’appelle ‘maternelle’», fait remarquer Annie Leguen, directrice de l’école. «En France, on considère toujours que les enfants sont sous la responsabilité de leur mère».


Le mirage de la parité

Quelques 40% des femmes connaissent des changements dans leur vie professionnelle dans l’année qui suit la naissance de leur bébé, contre 6% des pères. Les deux parents ont la possibilité de prendre un congé parental ou de réduire leur temps de travail jusqu’à ce que leur petit atteigne l’âge de trois ans, mais 97% des personnes qui utilisent ce droit sont les mamans. Selon l’INSEE, les femmes consacrent en moyenne cinq heures une minute par jour à leur progéniture et aux corvées domestiques; les hommes, deux heures et sept minutes.
   La République a fait de l’égalité un principe fondateur, mais les femmes n’ont acquis le droit de vote qu’en 1945. En vertu de la loi de 1998, lors des élections, les partis politiques sont tenus de présenter un nombre égal de candidatures féminines et masculines sur leurs listes, mais ils préfèrent généralement payer des amendes plutôt que de se mettre en règle. Depuis 1972, pas moins de quatre lois ont été adoptées pour assurer l’égalité des rémunérations. Mais en 2009, une quadragénaire même sans enfants gagnait toujours 17% de moins que ses collègues masculins.
   Plus de deux siècles après avoir cessé de regarder le roi comme le père de la nation, la France a maintenant besoin de se débarrasser du père comme roi de la famille, estime le philosophe Geneviève Fraisse. «Nous avons accompli une révolution, il nous faut maintenant en faire une autre - dans la famille.»


Katrin Bennhold
2 Responses
  1. C' Says:

    Waou ! La France et l'égalité ... ca fait peur là vraiment ... Ton article est super bien construit et il montre vraiment bien le problème ...


  2. Julie Says:

    Oui, l'article m'a marqué quand je l'ai lu ! La journaliste a vraiment bien ciblé le problème par des situations exemples mais aussi par des chiffres précis. Et rien que le fait que l'article sorte d'un journal américain et non français nous mène à nous poser des questions... !


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