Julie



Dans le Courrier International de la semaine dernière (oui oui, c'est mon journal de référence ;) ), j'ai trouvé un article passionnant sur le soi-disant exceptionnalisme américain. L'auteur de cet article, chroniqueur au New York Times, imagine que les missives secrètes des diplomates chinois au sujet des États-Unis seraient révélées par un Wikileaks chinois : cela donne un article drôle, cinglant, qui révèle une image des USA bien loin des sentiers rebattus dans nos livres d'histoire.
"WIKILEAKS À LA SAUCE CHINOISE
Thomas Friedman, The New York Times, New York
Alors que les secrets révélés par Wikileaks s’étalaient dans tous les journaux, je n’ai pu m’empêcher de me demander ce qui se passerait si la Chine avait son propre WikiLeaks et que nous apprenions ce que raconte son ambassade à Washington. Voilà certainement ce à quoi ressemblerait un câble diplomatique chinois.

De l’ambassade de la république populaire de Chine, à Washington, au ministère des Affaires étrangères, à Pékin. TOP SECRET. Objet : les États-Unis contemporains.

    Tout va pour le mieux pour la Chine ici. Sur le plan politique, les États-Unis demeurent un pays profondément divisé, ce qui nous permet de mieux atteindre notre objectif, à savoir lui ravir sa place de première puissance mondiale et de principale économie de la planète. Ce qui nous rend particulièrement optimistes, c’est que les Américains s’écharpent sur tout et n’importe quoi. Ils se battent - nous sommes heureux de le rapporter - au sujet du dernier traité de réduction des armes nucléaires avec la Russie. On dirait que les Républicains veulent tellement affaiblir le président Obama qu’ils seraint prêts à empêcher la signature d’un accord qui renforcerait la coopération russo-américaine sur des dossiers comme l’Iran. Comme tout ce qui rapprocherait Washington et Moscou finirait par provoquer notre isolement, nous remercions le sénateur de l’Arizona Jon KYl d’avoir placé nos intérêts au-dessus de ceux de l’Amérique et de bloquer la ratification du traité par le Sénat. L’ambassadeur a d’ailleurs invité le sénateur Kyl et son épouse à diner au restaurant chinois Chez M. Kao, afin de le féliciter pour sa détermination à défendre les intérêts de l’Amérique (entendez «nos intérêts»).

      Une élection, comme on l’appelle ici, vient d’avoir lieu. Tout ce que l’on peut en dire, c’est que, apparemment, il s’agissait pour chaque député ou sénateur de réunir plus de fonds que son rival, de sorte qu’il puisse raconter de plus gros mensonges à la télévision avant qu’on ne le fasse à propos de lui. C’est pour nous un grand soulagement : l’Amérique ne fera rien de sérieux pour régler ses problèmes structurels - un déficit qui se creuse, un enseignement dont la qualité ne cesse de reculer, des infrastructures vétustes et une baisse préoccupante de l’immigration de nouveaux talents. 

      L’ambassadeur a récemment pris ce que les Américains désignent comme un train express, l’Acela, pour se rendre de Washington à New York. Notre train à grande vitesse reliant Pékin à Tianjin aurait fait le trajet en quatre-vingt-dix minutes, il a fallu trois heures à l’Acela ! Durant le voyage, Son Excellence a téléphoné à l’ambassade avec son portable, et en une heure la communication a été coupée douze fois - nous n’inventons rien. Une plaisanterie circule à la chancellerie : «Quand vous recevez un coup de fil de Chine aujourd’hui, votre correspondant semble se trouver dans la pièce à côté. Quand quelqu’un vous appelle de la pièce à côté, ici même, aux États-Unis, on dirait que cela vient de Chine !». Ceux qui parmi nous ont été en poste en Zambie note que la téléphonie mobile fonctionnait mieux en Afrique qu’en Amérique.

      Mais les Américains n’en ont pas conscience. Ils vont si rarement à l’étranger qu’ils ne se rendent pas compte du retard qu’ils ont pris. C’est pourquoi, à l’ambassade, nous trouvons du plus haut comique qu’ils se chamaillent sur le fait qu’ils sont tellement «exceptionnels». Encore une fois, ce n’est pas le fruit de notre imagination. Selon un article paru à la une du Washington Post le 29 novembre, les républicains Sarah Pallin et Mike Huckabee accusent Barack Obama de nier «l’exceptionnalisme américain». Au lieu de s’efforcer de devenir exceptionnels, les Américains préfèrent rabâcher qu’ils sont toujours exceptionnels. Ils ne comprennent visiblement pas que l’on ne peut pas s’autoproclamer exceptionnel, mais que seuls les autres peuvent vous qualifier ainsi.

      En politique étrangère, nous ne voyons pas comment Obama pourra retirer les troupes américaines d’Afghanistan. Il sait que les républicains le traiteront de mauviette s’il le fait : aussi l’hémorragie se poursuivra-t-elle là-bas, au prix de 190 millions de dollars de pertes par jour. Par conséquent, les États-Unis ne disposeront pas des ressources militaires nécessaires pour nous défier ailleurs, en particulier en Corée du Nord, où nos amis complètement cinglés continueront à tirer sur la laisse de l’Amérique tous les six mois, de manière que les Américains viennent nous supplier de calmer le jeu. Le jour où ils se désengageront enfin d’Afghanistan, les Afghans les haïront tellement que les sociétés minières chinoises déjà présentes sur place pourront faire main basse sur ce qui reste de terres rares dans ce pays.

      La plupart des républicains récemment élus au Congrès ne croient pas ce que leur expliquent les scientifiques, à savoir que le changement climatique est lié à l’activité humaine. La classe politique américaine est composée principalement d’avocats, et non d’ingénieurs ou de chercheurs comme chez nous : aussi émettra-t-elle des opinions insensées sur la science, et personne ne viendra la contredire. C’est bien. Cela veut dire qu’elle n’adoptera aucune loi en faveur de l’innovation énergétique, qui est au coeur de notre prochain plan quinquennal. Ainsi, les États-Unis ne rivaliseront pas avec nous en ce qui concerne les énergies solaire, nucléaire et éolienne, ainsi que pour la construction des voitures électriques.

      Enfin, un nombre record de lycéens américains étudient maintenant le chinois, ce qui nous assurera une main-d’oeuvre bon marché parlant le chinois ici, alors que nous puisons dans nos 2300 milliards de dollars de réserves pour racheter discrètement des usines américaines. En résumé, tout va bien pour la Chine en Amérique. Et, Dieu merci, les Américains ne peuvent pas lire nos câbles diplomatiques."


En complément de l'article, il est intéressant de lire cette petite précision de l'ami Wikipédia au sujet de "l'exceptionnalisme américian"; cela permettra de comprendre mieux ce concept si particulier.
"L'exceptionnalisme américain est une théorie qui considère que les États-Unis occupe une place spéciale parmi les nations du monde en termes de sentiment national, d'évolution historique, d'institutions politiques et religieuses, et parce que c'est un pays qui a été construit par des immigrés. Les origines de cette théorie sont attribuées à Alexis de Tocqueville qui affirmait que les Etats-Unis, alors âgés d'un peu plus de 50 ans détenaient une place spéciale parmi les nations, parce qu'il s'agissait de la première démocratie moderne."
Je vous propose aussi de regarder la vidéo ci-dessous pointant les différents aspects de l'exceptionnalisme américain.





Édifiant, non ?
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